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Rues Intérieures

Extraits de notes de recherche 2013

Collaborations phases de recherche

Matthias Youchenko, philosophe

German Jauregui, danseur chorégraphe

Nathalie Masséglia, Clown

Jean Antoine Bigot, danseur chorégraphe

Sandra Rivière, danseuse

Michaël Allibert, danseur chorégraphe

Ca commence par là...

Après, entre autre, un voyage à Istanbul en 2012, nous avons été touchés par des paroles ou des absences de paroles, des paroles tues nous révélant des personnes (musiciens de rue, afficheur clandestin, SDF...), des situations ou encore des réactions que nous disons ne « répondant à aucune logique ».

Sur l'avenue Istiklal, un musicien semble faire « la manche » mais joue face au mur, tournant le dos aux éventuels spectateurs. Nous nous rendons compte qu’il n’attend rien et de personne et ne joue que quelques minutes puis s’en va. Plus loin, un afficheur qui, tout au long de la journée, colle des affiches de concerts et autres événements culturels, se les voit arracher dans les 10 mn qui suivent. Le voilà revenu dans l’heure pour refaire encore et encore ...Un sdf qui demande de l'avancer de 10 mètres...

Cette suite de réalités subjectives soumise à une logique propre ont laissé des traces, nous y étions perméables, nous ont mis dans un état instable... 


Il est de tous temps des rencontres qui nous déstabilisent et nous remettent en question. Que ce soit dans la rue, où spectateurs du hasard et du présent, nous sommes touchés par ce « surgissement d’une singularité » (Deleuze). Cette déstabilisation semble même remettre en question nos préjugés ou nos croyances.

Ce que je croyais être logique ne semble plus l’être, ce que je croyais être la réalité ne l’est peut être pas. De cette idée phénoménologique, la réalité n’existe pas seule, il y en a autant que de vécu émotionnel, dont en découle tout autant de logique.

A cela s’ajoute l’idée que nous avons une perception intérieure de notre réalité. Cette perception se projetterait comme un ghetto intérieur où des rues changeraient de sens de circulation, d’autres, même, disparaitraient ou apparaitraient. Nous nous retrouvons alors dans un état précaire en ce sens que nous essayons de récupérer une situation acceptable. Ce sentiment est mêlé à des états de vertige et de grande instabilité. Nous procédons alors à un réétalonnage de nos sentiments, de nos sensations et de nos croyances. C’est probablement avec l’Autre que se fait la suite.

Un début de présenation

Notre société subit chaque jour de nouveaux effondrements de ses croyances et de ses dogmes dans un monde de plus en plus précaire. Nous le subissons. Dans cette surinformation, de cette fuite en avant du toujours plus, nous sommes laissés sur un terrain glissant et instable où l’adaptation et l’ajustement sont de rigueur. Le temps passe, les cloisons du monde se resserrent et nous poussent à trouver une place coute que coute.


Nous sommes dans du foncier, nous achetons notre place et dans le même temps, nous voilà de plus en plus proche de l’Autre. Nous en avons de plus en plus peur. Nous devons négocier notre espace et notre temps. Tout nous pousse à la résignation, au repli sur soi et à l’isolement nous obligeant de renégocier sans cesse son propre territoire. Nous ne formons plus une société, mais une chaine où chacun relègue l’Autre à la périphérie. Nous stigmatisons pour nous rassurer, alors que la violence et la précarité se naturalisent plus qu’elles ne se banalisent.

Notre champ de réalité se resserre, se sclérose et se ghettoïse. De ce fait, nous subissons quelque chose de l’ordre d’une lente déshumanisation. D’individus à part entière, nous sommes petit à petit transformés en des corps fonctionnels, des corps objets et tentons, comme nous le pouvons, de trouver un chemin dans nos Rues intérieures.


L’univers de Rues Intérieures s’inspirent de la rue et se veut être un lent processus de transformation de l’individu. Dans un espace instable, 2 individus coexistent. Ils ne sont reliés entre eux que par un même état précaire mais à un stade différent et tentent des rapprochements avec l’Autre. Nous passons ainsi d’une réalité à une idée de surréalité, et où le rapport au temps change, où les individus laissent place à des corps, à la matière, à des corps objets, des corps plastiques, révélant ainsi un processus de déshumanisation de l’être en une forme quasi poétique.

BIBLIOGRAPHIE

Je vous salis ma rue, clinique de désocialisation- Sylvie Quesemand Zucca : 

La condition cosmopolite - Michel Agier 

Les campements urbains, du refuge nait le ghetto - Michel Agier

Les couloirs des exilés - Michel Agier

Face au Mur - Ernest Pignon Ernest



Les rites de passages - Arnold Van GEnnep

Le pire des mondes possibles - Mike Davis

Désordre, éloge du mouvement - George Ballandier 

LES HETEROTOPIES - Michel FOUCAULT

L'Homme Jetable, Bertrand ogilvie

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HÉTÉROTOPIES

Espace concret qui héberge l‘imaginaire (comme une cabane d’enfant ou un théâtre). Ils sont utilisés aussi pour une mise à l’écart, comme les maisons de retraites, les asiles. Ce sont des lieux à l’intérieur d’une société qui en constitue le négatif. Au sein d’une hétérotopie existe une hétérochronie à savoir une rupture avec le temps réel.


DÉSHUMANISTAION, DÉCÉLÉRATION, RITUEL, PASSAGE

Cet espace d’entre 2, cet espace frontière, ce lieu de l’exil est un espace de temps mort, un temps de l’errance, un espace de décélération et de passage. Un lieu propice aux rituels qui définissent une communauté symbolique dans l’espace urbain, quotidien. Le rite définit symboliquement l’espace de la communauté et se différencie du quotidien. Cela fait référence aux jours morts dans les calendriers qui permettaient d’éprouver la fin d’une année et le début d’une nouvelle. Ce temps est un temps de purification. D’un temps préliminaire, s’ensuit le liminaire et enfin le post liminaire : les 3 étapes aux rites. LA LIMINARITÉ définit la frontière dans son aspect rituel. Elle marque le passage d’un seuil et l’entrée dans une loi différente pour chaque acteur qui s’y trouve et qui prend là de nouvelles identités.


Rues Intérieures est un espace frontière, aux bans de la ville, un refuge. Il rappelle les favelas, les zones tampons, les camps, les campements, la rue, les hors lieux. Ces lieux sont fait de toutes les mémoires de tous les lieux croisés. C’est un espace en transformation permanente qui pourrait être peuplés de migrants, d’exilés, de métèques, en somme d’hommes en situation de frontière. Nous sommes dans un espace en tension permanente face aux risques environnants de violence, de destruction, d’expulsion. Nous comprenons que nous sommes dans un temps de l’errance, un temps mort d’entre-deux, la fin et le début de quelque chose. Le temps décélère... Tout est rituel dans cet espace intercalaire. Le rite permet le passage mais surtout ré-organise. Il crée une communauté symbolique dans le lieu où elle se rassemble. Il y a négociation de territoire, chacun doit trouver une nouvelle place et donc re-transformer cet espace, leur espace, leur huis clos. Une communauté de l’instant s’installe.

Extraits La Condition Cosmopolite - Michel Agier 


« Un long moment d’incertitude s’est installé dans le monde, Les vies précaires durent plus longtemps et l’on s’y habitue...Nous sommes de plus en plus confrontés à un sentiment d’incertitude, un sentiment d’étrangeté relative face monde. Nous vivons une situation de frontière. ...


Font frontière, les lieux incertains, les temps incertains, les identités incertaines, ambigües, incomplètes, optionnelles, les situations indéterminées, les situations d’entre 2, les relations incertaines...Réapprendre à observer la frontière où se trouve l‘autre, l ‘ « Homme frontière » est devenu l’un des enjeux majeurs de notre temps....» ...


la frontière comme espace d'entre 2, un temps mort, entre la fin d'une chose et le début d'une autre, un espace de décélération, temps intervalle, un moment de passage, un espace temps rituel lié au passage...Nous arrivons dans cet espace frontière comme étranger et sans statut.


La situation de frontière s'observe sur des lieux, des moments ou des expériences qui mettent en oeuvre une relation avec un autre, un sujet extérieur, qui franchit ou pénètre un espace qui ne lui est pas familier, devenant lui même le non familier pour celui qui est là, évènement qui crée une étrangeté relative.


L'entre 2 est une période transitoire où le temps s'étire, où chacun devient donc l'étranger, le migrant en transit, le déplacement s'étire dans le temps et l'espace, jusqu'à devenir une errance. ...


la négociation de et dans la frontière est l'enjeu et la forme de ces mouvements. Espace vide, no man's land, l'interstice spatial est une frontière en négociation, un moment de conflit autant qu'un moment de rencontre.


LE RITUEL ...

Le rituel qui permet aux moments des temps morts des temps de passages, de délimiter le tracé de la frontière du sacré, de faire exister une communauté symbolique qui s'y rassemble. Le rite pour répéter la frontière comme fait social...Le rite abolit les frontières du quotidien... 3 phases au rite: préliminaire (de séparation), liminaire (transformation), post liminaire (ré agrégation). Le moment liminaire incarne la frontière du temps. L'espace entre un avant et un après est un moment de désordre, mais aussi de purification, régénérescence et création culturelle, considéré comme un temps mort dans la conception hyper moderne du temps soumis à la vitesse. C'est un lieu de catharsis, de liberté relative lié à cet espace d'entre 2... Le piège de l'identité est de ne pas reconnaitre la subjectivité de l'autre. cad de le considérer en tant qu'objet non comme un sujet...; Cela nous ramène à la frontière entre soi et l'autre, l'inconnu et le connu, le familier et l'étranger, comme le lieu où l'autre, comme sujet, peut être reconnu. Le rituel qui vise à réinscrire les vies individuelles dans une organisation sociale  

LES REFUGES – GHETTO - CAMP- CAMPEMENT

Ce sont des hors lieux, des camps, des campements, des ghettos, des villes en train de se faire.

Vus de l'intérieur, ce sont des histoires de réinvention de soi et du monde dans l'exil..

Lieu d'une mise à l'écart ou d'un abri dans un contexte hostile, les refuges se transforment en diverses formes de ghetto. GHETTO devient le nom d'une communauté de survie, dont l'avenir dépendra de sa relation aux autres et à l'État.

C'est une communauté de l'instant et de survie, elle est supposée a priori précaire, provisoire mais lorsqu'elle s'installe dans la durée, un monde social se recrée. ...

c'est un monde du reste et du déchet.

Un nouveau cadre social nait dans un espace en marge et dans l'ombre car il s'agit souvent de se rendre invisible ou le plus discret possible. Le refuge est l'abri qu'on se crée soi même à défaut d'hospitalité...


LE COULOIR DES EXILES - Michel Agier

 Nouvelle proposition de loi en France en 2010 prévoit de créer automatiquement la zone d’attente en tout lieu, qul qu’il soit (une plage, un sentier...) où un étranger indésirable pose le pied sur le sol français afin de le considérer juridiquement en dehors du territoire national. Donc où qu’il aille, le corps de l’étranger s’entoure d’un lieu qui se déplace avec lui, hors de tous lieux. P23


L’idée de l’exil intérieur est que dans un mode global, commun se crée des frontières , des hors lieux, des couloirs d’exils... intérieur car à l’intérieur du monde. 


Les FIGURES de Rues Intérieures

Ce sont des exilés au sens large du terme, des hommes Frontières, des bannis, des métèques, aux identités hétérogènes vivant une situation de frontière c’est à dire une frontière avec l’autre, le monde, la société.

Ce ne serait pas que des gens de la rue, ils ne sont d’ailleurs finalement pas SDF car ils sont dans un refuge, ce lieu créé à défaut d’hospitalité. Dans la durée il devient ghetto, poussé à la marge. Ils arrivent dans ce lieu, étranger et sans statuts. Nait alors une communauté de l’instant dans laquelle on dépose nos identités pour devenir le migrant, l’exilé, l’immigré, le demandeur d’asile...Une communauté précaire, provisoire, de survie...

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