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Les Maitres Fous

Extraits de notes de recherche 2017
La recherche autour du projet Les Maitres Fous sera mise en place sous plusieurs formes (espace en ligne, édition d'un livret, compte rendu de colloque, échange avec étudiants en anthropologie, article de fonds d'anthropologues, notes de travail plateau..).  A suivre prochainement...

Collaborations et rencontres phases de recherche

Baptiste Buob, Anthropologue

Andréa Paganini, anthropologue

Michaël Housseman, Anthropologue

Bernard Surrugue, Anthropologue

Nicolas Villodre, Cinémathèque  - CND Pantin

Virginie Aubry, Cinémathèque - CND Pantin

Jean Paul Colleyn, anthropologue

Marc Rochette, BNF - Paris

Frédéric Keck, Quai Branly

Michela Passian, Anthropologue

Luc-Noël Galli

RITE – PERFORMANCE – ETHNOGRAPHIE.

Le RITE, au sein des traditions d’Afrique, porte une fonction sociale en opérant une transmission incarnée des principes qui font la nature et fondent la communauté. Le rite apporte un éclairage à une réalité en manifestant les forces inobservables qui l’animent : ces puissances s’incarnent dans des corps par des possessions. Traversés par cette énergie, les corps revêtent alors une signification ; en dessinant dans l’espace un mécanisme cognitif –par une rhétorique en acte– ils donnent un sens au monde.


La PERFORMANCE, dans les années 1960, menait une transgression des conventions artistiques pour porter un projet politique : privilégiant une expression physique pour contester les usages sociaux des corps. Les scènes dionysiaques du Living Theater, comme les actions violentes des performers, interpellaient le public en partageant avec lui une expérience, sous la forme d’une action spontanée et unique. Lorsqu’elle a de nouveau lieu, les artistes doivent recréer les conditions de ce surgissement.


Rite et performance partagent un même principe : un corps qui, traversé d’une certaine énergie, revêt une signification collective. Chercheur en Performance Studies, René Schechner défend la Performance comme une forme intense de restitution Ethnographique –qui introduit l’action et l’émotion. Annonçant que « Les méthodes anthropologiques et théâtrales sont en passe de converger.»(1), il définit la Performance comme « le processus par lequel les processus sociaux dans leurs 

diverses formes deviennent théâtre»(2), et ainsi comme un mode vivant de représentation des comportements humains –dans leur intériorité et leur sensualité.


MYTHE — HISTOIRE des cérémonies sacrées aux rituels politiques

Les mythes construisent « la distance qui sépare le Monde des questions qu’on lui pose »(3) , menant au noyau irréductible des choses. Les formes mythiques témoignent de « l’effort de lucidité, d’analyse [et] de mise en forme »(4)  mis en œuvre par des sociétés pour identifier et figurer les forces qui animent la Nature et gouvernent l’Homme ―croyances transmises par le corps–mémoire du rituel. Cette épure et cette incarnation seront convoquées en dehors du Sacré pour percevoir dans leur essence des contextes sociaux particuliers. Tragédie Grecque ― Pour débattre de la naissance à Athènes de la Démocratie, Eschyle avec Les Perses inaugure une forme dramatique et chorégraphique où les idées politiques sont incarnées par des figures mythiques, et questionnées par un chœur ―représentation de la Cité. Rituels Haoukas, NIGER ― Les Maîtres Fous de Jean Rouch révèle comment, dans l’Afrique sous occupation Britannique, les formes rituelles se sont emparées du présent politique, déployant une Mythologie Coloniale, identifiée par ses marqueurs visuels, comme la Slow March des soldats.


Expression d’un Ordre, cosmique ou politique, les Rituels peuvent aussi constituer un espace de transgression. Périodiques, ces rituels d’inversion permettent un renversement furtif des rôles distribués par la Société, 

offrant à chacun de parodier les hiérarchies, notamment sous la forme de cortèges satiriques(5) . 

Déchainement éphémère de l’individu, ces temps de liberté veulent apaiser les violences instinctives, comme celles produites par la société. Ces transgressions rituelles, formes de « théâtres de participation », relèvent de la catharsis : la communauté organise l’expérience d’une violence, pour la libérer, et la détourner vers l’engagement physique et symbolique du rituel.


En Afrique, ces rituels s’amorcent par la transe : fondée sur une désorientation, cet état extrême dégage une énergie vitale qui déchaine le corps. Libérant aussi l’inconscient, la transe révèle des sentiments refoulés, que la possession va formaliser et manifester. Les initiés s’abîment alors dans des crises de possessions qui, notamment convoquent et singent les symboles et figures du Pouvoir contemporain, dont ils veulent s’affranchir. Processus psychanalytique, sous forme de mascarade, ces rituels s’inscrivent dans le présent, qu’ils veulent refléter et remettre en cause, et dans une Communauté, qu’ils interpellent par de violents stimuli, appelant une participation viscérale. Living Theater ― Menant une transgression des conventions artistiques et morales des années soixante, ces performers privilégient une expression physique ; portant leur propos politique en partageant avec le public leur état psychique et émotionnel de rébellion.

S’abandonnant à des scènes « dionysiaques », ils empruntent aux Cultes de Dionysos la manifestation d’un corps nu, libre ―celui d’avant la Société― pour en contester les usages sociaux d’alors.

(1) SCHECHNER Richard, Between Theater and Anthropology, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 1985

(2) SCHECHNER Richard, Performance Studies, An Introduction, Routledge, Londres-New York, 2002

(3) BARTHES Roland, « Le Théâtre Grec », in Histoire des Spectacles, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1965

(4) DE ROMILLY Jacqueline, Pourquoi la Grèce ?, Editions De Fallois, Paris, 1992

(5) Pendant les Saturnales Romaines de l’Antiquité, les Esclaves se métamorphosaient en Maîtres. Au Moyen-Age, la Fête des Fous offrait au Bas-Clergé de tourner en dérision la hiérarchie de l’Eglise.

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